❝ Une paysanne russe ❞ de Léon Tolstoï

Publié le par Anouchka

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❝ J'ai été mariée malgré moi. Je n'avais pas encore dix-sept ans qu'on me cherchait des fiancés. Cela se passait deux ans avant la libération. Je vivais chez mes parents. Je ne manquais de rien. Ce n'était ni la richesse, ni la pauvreté, un ménage de paysans modestes. Les plus âgés allaient à la corvée. Quand à moi, je gardais la volaille à la ferme. La vie était libre et bonne. Grande fille, j'étais fort gaie. Qu'il s'agît de chanter ou de danser, j'étais partout la première. Mes compagnes et moi sortions-nous pour nous divertir, c'est moi qui menais le train. On cherchait, pour moi, des épouseurs. Je ne voulais pas d'eux : j'avais quelqu'un dans la tête. Mais celui-là, on n'en voulait pas pour moi. ❞


Ce récit, dicté par une paysanne à T.A. Kouzminskaia, a été revu et corrigé par L. Tolstoï, puis traduit, annoté et introduit par Charles Salomon.

Tolstoï admirait cette paysanne (qui dictait ses récits à sa soeur) à cause de sa belle langue populaire du centre de la Russie.
Un récit touchant, qui nous prend les tripes, nous retourne l'estomac tant il respire la vérité.
On se plonge dans la Russie des années 1860. La vie des paysans y est alors très dure à la veille de l'abolition du sevrage.

On est dans la peau d'Anissia, jeune paysanne russe, que l'on imagine assez bien les joues roses, les nattes blondes et le corps vigoureux. Elle sait nous conter son histoire, comme un roman initiatique, comme un voyage sans destination. Elle nous raconte la mort, la faim, la pauvreté, le travail, la naissance.
Rien n'est facile dans sa vie où l'on est porté par les aléas du destin, et pourtant elle nous donne une leçon. Jamais elle ne baisse les bras, c'est une force de la nature, toujours optimiste, attendant éternellement un jour meilleur et ne désespérant pas.
Cette vision de la vie est bien loin de la notre, Anissia est habituée à voir les gens mourir autour d'elle et tout particulièrement ses enfants, qui, tour à tour, tombent malade, ne supportent pas les conditions de vie.
Récit de la Sibérie où elle s'exile pour suivre son mari devant purger une peine.
Récit de l'horreur et de l'absurde : suivre son mari en prison avec tous ses enfants, vivre des conditions atroces pour finalement rentrer chez soi, le dos un peu plus courbé par le malheur.

On se demande comment un être humain peut supporter de vivre ainsi, comment il arrive à accepter sa condition. Une condition de paysan ici, voué à une vie de tragédies.
On ne voit pas le bout de ce récit, on imagine déjà Anissia finir de manière épouvantable et dans des conditions terribles. Mais non.
Anissia a une belle fin, un mari supportable et un foyer fournissant de quoi manger.
On est soulagé, tant il était devenu important, et cela durant notre lecture, de savoir Anissia en paix pour le reste de sa vie.


Publié dans Littérature russe

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