❝ La petite fille de Monsieur Linh ❞ de Philippe Claudel

Publié le par Anouchka

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  ❝ Monsieur Linh est de nouveau bercé par la voix de cet homme inconnu, inconnu malgré tout un peu moins que la veille, et qui parle sans qu'il puisse saisir un seul mot de ce qu'il dit.
          Parfois, un peu de la fumée de sa cigarette atteint les narines du vieil homme, et il se surprend à respirer cette fumée, à la faire entrer le plus possible en lui. Ce n'est pas vraiment que la fumée lui soit agréable, celle des cigarettes des hommes du dortoir est affreuse, mais celle-ci est différente, elle a une bonne odeur, un parfum, le premier que le pays nouveau lui donne, et ce parfum lui rappelle celui des pipes que les hommes du village allument le soir, assis au bord des maisons, tandis que les enfants infatigables jouent dans la rue, et que les femmes en chantant tressent les bambous. ❞





Monsieur Linh et sa petite fille, Sang Diû.
Tout deux arrivent par bateau dans une grande ville, une ville qui n'est pas la leur. Il semblent venir de très loin, un pays exotique. Rien n'est explicite, on comprend au fil des mots.
Je pourrais raconter l'histoire, mais ce n'est pas ce qui est le plus important. En quelques lignes : un immigré, plus ou moins perdu dans un pays dont il ne connaît pas la langue, rencontre un homme avec qui il partagera des choses. Mais quoi d'autre?
Une sorte de longue poésie en prose; tout est comme dans un rêve.
On nous parle de ce vieil homme, de ce qu'il est en train de vivre, loin de chez lui, avec un bébé à nourrir. On nous raconte son ressenti. Ses émotions. Sa vision.
Pourtant.
Pourtant tout semble étouffé dans du feutre, on reste distant de cet homme, la narration est neutre, simple, l'auteur nous expose les faits sans rien laisser transparaître de ce qu'il pense, comme pour laisser toute la place au vieil homme, comme pour s'effacer devant son ressenti, comme pour le laisser parler.
On se retrouve donc plongé dans un récit qui aurait pu être celui de Monsieur Linh, avec toute cette naïveté, cette simplicité qu'on perçoit dans le personnage.
La beauté d'une rencontre entre deux hommes que tout oppose, du physique jusqu'au milieu social.
La simplicité d'une connexion entre deux êtres, qui est démunie de tous préjugés, de tous stigmates sociaux.
Un petit récit, comme un hymne à ce qui rapproche les Hommes entre eux : l'inconnu. Car tout est étranger ici : monsieur Linh à son nouveau pays d'accueil, à son nouvel ami, le lecteur face à un vieil homme qu'il comprend sans comprendre tant ce qu'il nous décrit est profond et intime.
On ne peut s'empêcher de repenser à "L'Étranger" de Camus.
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Yv 20/01/2010 16:13


Un texte très beau pour une histoire qui ne l'est pas moins


MyaRosa 05/01/2010 17:53


J'ai bien envie de me laisser bercer par l'écriture de Philippe Claudel que j'avais tant aimé dans Les Ames Grises. La citation est vraiment très belle.