La littérature populaire

Publié le par Anouchka

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Vous avez dit populaire ?

 


« Il n’y a qu’en France que la littérature populaire est désavouée par la critique. » Cette phrase est de Guillaume Musso. Depuis quelques semaines, il la répète d’interviews en entretiens, à la radio, à la télé, dans les colonnes des journaux. Guillaume Musso assure la promotion de son nouveau roman, La fille de papier (XO, 376p., 19,90 €). J’ai plutôt de la sympathie pour Guillaume Musso. Et de l’estime pour ses romans, même si ce n’est pas le cas, je l’avoue à ma très grande honte, ma tasse de thé. Je ne connais pas Guillaume Musso mais ai lu deux de ses romans, dont ce dernier. Pas mal. Plutôt moins niais que ceux de Marc Levy, mieux construit que ceux de Maxime Chattam, moins mal écrits que ceux de Bernard Werber. En refermant La fille de papier, je me suis demandé quelle critique je pouvais écrire sur ce livre. À ma très très grande honte, je dois admettre que la réponse fut : aucune. Si ce n’est que la lecture est plaisante, et que cette histoire d’écrivain en panne d’inspiration qui voit débarquer dans sa vie un personnage de roman ressemble comme deux gouttes d’eau à la trame de La rose pourpre du Caire, le beau film de Woody Allen. Ce n’est pas franchement ce qu’il convient d’appeler une critique ! Bien sûr, il faut mettre cette incompétence sur le compte de la médiocrité de votre serviteur. Mea culpa, again. Très très très grande honte, donc : rien, non, rien à écrire sur ce roman rédigé plutôt correctement (mais c’est le moins que l’on demande à l’auteur d’un livre, non ?), pas la moindre critique en vu, ni positive ni négative. Suis-je en train de « désavouer » la littérature populaire, comme l’affirme notre écrivain ? Pas le moins du monde. Il faut de tout pour faire des lecteurs. Et ce n’est pas désavouer un auteur que de dire, ayant lu son œuvre, qu’il se publie par ailleurs une infinité d’autres livres qui nous surprennent d’avantage, nous émeuvent plus, nous questionnent mieux. Une histoire d’amour ne présente pas beaucoup d’intérêt ; ce qui est passionnant, en revanche, c’est une histoire qui interroge l’amour. Sur ces livres-là, il y a de quoi écrire toutes les critiques que l’on veut ! Et quand la langue est au rendez-vous, avec ses inventions, ses foucades, ses audaces, son rythme et ses valises, alors la critique (qui n’est, après tout, qu’un lecteur comme un autre) est au paradis.

            Non, cher Guillaume Musso, la critique, en France, ne désavoue pas la littérature populaire. En tout cas, pas à Lire. Pourquoi demander à la littérature populaire plus qu’elle ne doit donner ? Et pour un Alexandre Dumas (qui fut pendant une vingtaine d’années l’écrivain le plus populaire de son temps, loin devant Balzac, Hugo, Vigny et autres célébrités, avant de mourir ruiné), combien d’Eugène Sue (ai essayé de relire Les mystères de Paris, récemment : échec total) ? J’aime bien la littérature dite populaire. Comme beaucoup de critiques (mais la plupart d’entre eux ne l’avouent pas, ça ne fait pas assez snob), j’ai attrapé le virus de la lecture grâce à elle. Dumas (dont un critique de premier plan, Claude Schopp, ne cesse d’exhumer et de rééditer les chefs-d’œuvre), mais aussi Maurice Leblanc (le grand critique littéraire Jean-Jacques Brochier tenait Les avantures extraordinaires d’Arsène Lupin pour un Himalaya de la litérature française), Henri Vernes (l’auteur des Bob Morane, littérairement nuls mais dont les univers fantastiques rivalisent avec ceux d’un Jean Ray ou d’un Isaac Asimov) et, bien sûr, Frédéric Dard.

 

François Busnel

 

Extrait de l'éditorial du magazine Lire n°385, mai 2010.

 

 

 


 

Publié dans Autour des écrivains

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choupynette 01/05/2010 14:18



excellentissime cet extrait... et je suis o^combien d'accord avec Busnel!!!!!



Anouchka 01/05/2010 19:59



Moi aussi !



dahoé 01/05/2010 14:04



un billet drôlement bien tourné !! l'important dans le travail de l'écrivain est de respecter son lecteur, de lui offrir ce qu'il a de mieux, sans jamais se laisser aller à la facilité ... 



Anouchka 01/05/2010 19:59



Oui ! Pourtant certains prônent cette facilité en disant que c'est accessible à tous, qu'il en faut pour tous les types de lecteurs... Pourtant il existe de très grands écrivains qui ont une
écriture magnifique et qui peuvent être lus par tout le monde.



flou 01/05/2010 13:25



une très bonne critique... pourtant sans critiques! et si c'était le pire qu'on puisse dire d'un livre, ne rien pouvoir en dire?



Anouchka 01/05/2010 19:56



Oui, derrière cette non-critique se cache en fait une critique bien dure : ne rien pouvoir dire d'un livre, c'est terrible.