❝ Gibier d'élevage ❞ de Kenzaburô Ôé

Publié le par Anouchka

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  ❝ "Les ennemis, quelle tête peuvent-ils bien avoir?" demanda mon frère.
          Je quittai Bec-de-Lièvre et, le bras autour de l'épaule de mon frère, rebroussai chemin le long de la grand-rue. Oui, quelle tête pouvaient-ils bien avoir, ces soldats étrangers? Comment, dans quelle posture se dissimulaient-ils dans nos prés ou nos bois? J'avais l'impression de sentir la présence de soldats étrangers cachés partout et retenant leur souffle dans tous les prés, dans tous les bois dont le village, au fond de son val, était entouré ; l'impression que le faible bruit de leur respiration allait s'amplifier et éclater soudain en un formidable vacarme. L'odeur de leur peau ruisselante de sueur et celle, violemment agressive, de leur corps flottait sur toute la vallée comme un temps de saison.
          "J'aimerais bien qu'ils ne soient pas tués, dit mon frère, rêveur, qu'ils se contentent de les attraper et de les ramener ici!" ❞




C'est original de parler de la guerre comme ça.
La guerre vécue par un enfant japonais qui vit dans un petit village loin de tout, qui joue avec les autres enfants toute la journée parce qu'aucune femme ne veut venir de la ville pour leur faire l'école.
La guerre vécue par un enfant japonais qui voit un jour un avion ennemi s'écraser dans ses montagnes. Qui observe les hommes revenir le soir avec un prisonnier, la "prise", un nègre.
L'inconnu, "l'autre" par les yeux d'un enfant qui ne comprend pas bien.
Cet homme noir doit-il être mené comme une bête?
Un enfant qui se pose des questions et qui découvre la différence, émerveillé, et nous montre ainsi l'absurdité des guerres et la bétise du genre humain.
Et cela d'une magnifique écriture simple, belle.


Publié dans Littérature japonaise

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